Présidentielles sur Twitch :

Faut-il réguler le temps de parole ?

Twitch : Faut-il réguler le temps de parole ?

par Zoé PILLORGER, Delphine PIARD et Justine DELMAS | (04:49)

En cette période électorale, les candidats s’orientent de plus en plus vers des plateformes numériques comme Twitch. Sur Internet, l’absence de régulation du temps de parole pourrait mettre à mal le pluralisme politique.

Pour toucher les jeunes, grands absents lors de l’élection présidentielle de 2017, les candidats à la présidentielle de 2022 s’approprient leurs canaux de communication : YouTube, TikTok, Instagram, Twitter, Twitch… Sur ces plateformes, les candidats peuvent parler autant qu’ils le souhaitent. En revanche, à la télévision et à la radio, une loi encadre le temps de parole des candidats à l’élection présidentielle depuis 1986. C’est le CSA, ex-Conseil supérieur de l’audiovisuel, devenu l’Arcom au 1er janvier 2022 (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), qui veille au respect de cette loi. L’équité du temps de parole a pour but de garantir le pluralisme politique dans le paysage audiovisuel et radiophonique français. Tout au long de l’année, et plus particulièrement durant les périodes électorales, cette instance décompte les temps de parole et d’antenne des candicats et des membres de leur parti politique. Un compte rendu de ces temps est transmis chaque mois aux présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale. En cas de déséquilibre, le régulateur peut demander à une station de radio ou une chaîne de télévision de rétablir la balance.

Certaines personnalités politiques, comme Jean-Luc Mélenchon, ont bien cerné le potentiel de la plateforme Twitch. Sur sa chaîne personnelle, il anime des programmes de discussion  toutes les semaines, diffuse ses meetings et ses conférences de presse. Avec près de 90 000 abonnés, il est le candidat à la présidentielle le plus populaire sur la plateforme. Au-delà de leurs initiatives personnelles, certains candidats sont invités sur des lives de streamers spécialisés en politique, comme l’assistant parlementaire et normalien Jean Massiet ou Samuel Etienne, journaliste à France Télévisions. Ce groupe audiovisuel public trouve lui-même dans la plateforme de streaming un moyen de s’affranchir des règles en y prolongeant ses échanges avec les candidats. Le 26 janvier 2022, suite à une interview télévisée de la candidate Anne Hidalgo, la soirée s’est continuée sur Twitch avec une série de questions – réponses. Présentée par Samuel Etienne, qui maîtrise les codes de la plateforme, l’émission a fait parler d’elle, avec 30 000 vues cumulées sur la vidéo en replay. La chaîne a réitéré l’expérience avec d’autres candidats les semaines suivantes.

Les candidats et les chaînes contourneront-ils encore longtemps ces règles d’équité ? La situation pourrait évoluer avec la création de l’Arcom, car la régulation des plateformes en ligne et des réseaux sociaux fait partie de ses nouvelles missions. Mais pour que cette nouvelle autorité se saisisse du sujet, il faudrait légiférer et mettre en place un système de comptage adapté aux plateformes numériques.

L’avis des étudiants :

Les jeunes étant au cœur de ce débat, nous leur avons demandé leur avis. Trois étudiants de Tours nous disent ce qu’ils pensent du fait que le temps de parole des candidats à la présidentielle ne soit pas comptabilisé sur Twitch.

« Ce n’est pas normal. Les candidats qui ont déjà la cote auprès des jeunes peuvent en profiter et user de plusieurs heures de parole sans que ce soit comptabilisé. Ça risque de les pousser à s’orienter vers Twitch pour chercher le buzz, et non un réel débat d’égal à égal. Cela ne fait qu’accentuer les inégalités entre les candidats. »

Victor, 19 ans, étudiant en DUT InfoNum

« Tout dépend comment Twitch est utilisé. Si c’est la chaîne privée que le candidat utilise pour communiquer comme il le ferait lors d’un meeting, je ne vois pas de problème à ne pas comptabiliser ça comme du temps de parole. Cependant, il est important de surveiller les journalistes opérant sur la plateforme. Prenons l’exemple de la chaîne de Samuel Etienne : s’il souhaite inviter une personnalité politique en campagne dans le cadre d’une émission qui relève de la politique ou dans laquelle le candidat peut faire passer ses idées, il me semble important et cohérent de comptabiliser ce temps de parole sur Twitch, comme sur n’importe quelle autre plateforme. »

Célia, 19 ans, étudiante en DUT InfoNum

« Un temps de parole par candidat a été instauré parce que les heures de diffusion, que ce soit à la télévision ou à la radio, sont limitées. Les candidats doivent faire face à un intermédiaire (les médias), qui peut parfois leur être hostile et les invisibiliser. Dans le cas où il n’y a pas d’intermédiaire entre les citoyens et les candidats, je considère donc que le régulateur n’a pas à intervenir sur le temps de parole sur internet. »

Colas, 22 ans, étudiant en licence informatique

Qu'est-ce que Twitch ?

par Zoé PILLORGER et Delphine PIARD | (01:37)

Créée en 2006 sous le nom justin.tv aux Etats Unis, la plateforme a toujours su garder une ligne de conduite claire : proposer des contenus variés en direct. En 2007, l’un de ses fondateurs, Justin Kan, lance son premier live, une webcam accrochée à sa casquette. Il diffuse sa vie quotidienne. Le concept prend rapidement de l’ampleur, notamment sa partie gaming qui explose en quelques années. Alors en 2011, les créateurs de justin.tv décident de créer une plateforme uniquement consacrée au gaming : Twitch.  En 2014, voyant le potentiel commercial du site, Amazon rachète Twitch pour 970 millions de dollars. Ce rachat permet à Twitch d’avoir une influence encore plus grande dans le domaine de la diffusion en direct sur internet, tous sujets confondus. Si le principal moteur de la plateforme de streaming est le gaming, beaucoup de créateurs de contenus s’y rassemblent dans des domaines variés : musique, design graphique, discussions diverses, événements caritatifs… La politique contribue de plus en plus à l’effervescence du site. Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Alexandria Ocasio-Cortez… : les personnalités politiques y font leurs premiers pas. Les animateurs politiques y sont nombreux : Jean Massiet, Valek, KaLee Vision, Raptor Dissident, DANYetRAZ… Ces vulgarisateurs s’expriment et invitent des personnalités politiques sur leurs chaînes.

Sarah DUPUY-BARBE, Delphine PIARD & Justine DELMAS

Les meetings immersifs

par Zoé PILLORGER, Zoé CLEMOT et Sana GUIRAT | (01:32)

Dans les coulisses des meetings immersifs

Jean-Luc Mélenchon innove avec des meetings d’un nouveau genre. En 2017, le candidat aux élections présidentielles avait créé l’événement lors de plusieurs meetings en France, où il apparaissait sous la forme d’un hologramme dans plusieurs villes en même temps. L’innovation avait fait longtemps parler d’elle, en comparaison aux meetings politiques traditionnels. Ces hologrammes développés par les Français d’Adrénaline Studio ont coûté entre 50 000 et 100 000 euros à la France Insoumise à l’époque
Jean Luc Mélenchon renouvelle l’expérience pour la campagne des présidentielles 2022. Pour aller encore plus loin dans sa stratégie de communication, il a organisé un meeting immersif et olfactif le 16 janvier 2022 à Nantes, avec plus de 3000 personnes. Son équipe a mis en place d’importants dispositifs technologiques, comme des effets visuels permettant une vue de la Terre depuis l’espace. Ensuite, l’homme politique a évoqué « la toile numérique », tandis qu’un tableau visuel figurant des circuits imprimés s’est étalé sur les écrans. Le candidat a affirmé que la France devait se ré-emparer du progrès technique. Par ailleurs, des odeurs s’échappaient dans la salle, en adéquation avec le discours du candidat, avec «différents parfums naturels au fur et à mesure du discours pour parfaire cette sensation d’immersion» décrit-il au journal Libération. A l’heure où nous écrivons ses lignes, il annonce qu’il va poursuivre l’expérience le 5 avril : «L’hologramme est un gadget technique, mais aussi une machine à produire du rassemblement dans des conditions un peu plus intéressantes» explique-il dans le journal L’Union. Avec ces innovations, il espère se démarquer des autres candidats et ainsi, faire la différence.
Zoé CLEMOT & Sana GUIRAT

Sarah DUPUY-BARBE, Delphine PIARD & Justine DELMAS

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