Le vote numérique, entre danger et opportunité démocratique
Une société numérisée, c’est l’avenir vers lequel on tend. Les paiements, les impôts, l’administration, les télécommunications, la presse…: tous adoptent des dispositifs numériques innovants. La question du vote émerge de cette transition sociétale.
Le vote numérique, entre danger et opportunité démocratique
« Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique », une inscription que l’on retrouve sur nos cartes électorales. Néanmoins, l’abstention ne fait qu’augmenter ces dernières années. Et même les élections les plus mobilisatrices sont touchées : d’après les chiffres du ministère de l’Intérieur, lors des élections présidentielles de 2017, le taux d’abstention a atteint 25 % au second tour, du jamais-vu depuis 1969. Pourtant le vote existe partout : à l’école, en entreprise, en assemblée générale dans les copropriétés… C’est un moyen à notre disposition pour nous exprimer et revendiquer nos droits de citoyen.
Aujourd’hui, il existe de nombreux systèmes de vote, mais tous gardent une condition essentielle : l’anonymat. Qu’importe la manière dont le vote peut être effectué, cette condition doit être respectée afin de conserver la confiance des citoyens. En votant, nous considérons que notre voix est comptabilisée et sécurisée. La sécurité des données est un élément essentiel pour assurer un vote de confiance. Une inquiétude récurrente avec le vote dématérialisé.
En France, lorsque l’on parle de vote électronique, il faut comprendre qu’on identifie la pratique du vote par le biais des technologies de l’informatique et de la télécommunication. Il s’agit de machines de vote avec des ordinateurs qui affichent un bulletin de vote sur un écran pour qu’on puisse voter en cliquant sur des touches. Le vote numérique, lui, comprend uniquement la pratique du vote par l’intermédiaire de technologies utilisant Internet. Cette solution numérique n’existe que pour les résidents à l’étranger. C’est un moyen de vote différent de celui des urnes, dont la mise en pratique est progressive en France.
Le système proposé par l’entreprise Neovote, leader français du vote numérique, a permis la mise en place du vote en ligne pour les primaires de certains partis politiques (LR ou PCF) pendant la campagne présidentielle de 2022. L’entreprise assure que son offre est sécurisée grâce aux 250 centres de données dans le monde qui garantissent son fonctionnement. Neovote évalue qu’un million de requêtes peuvent être contrôlées chaque seconde, un gage d’efficacité.
L’enregistrement des données sur de multiples serveurs garantit la sécurité des données face aux cyberattaques.
© Freepik
Peut-on imaginer la mise en place de cette pratique pour les grandes élections nationales ? D’après les acteurs du vote numérique, oui. Il serait nécessaire d’instaurer une identité numérique contrôlée par l’Etat. Cela permettrait d’assurer un contrôle de la personne lors du vote.
Des pays ont expérimenté cette solution numérique pour de grandes élections, comme L’Estonie. D’après le Siècle Digital, lors des législatives de 2019, 44% des votants sont passés par le vote numérique. Une preuve de la confiance de la population envers ce système centralisé. D’autres pays ont tenté sans succès de démocratiser le vote numérique. La Norvège, la Suisse et l’Irlande ont arrêté les essais après des erreurs de prise de compte des votes. Certains pays comme l’Allemagne sont devenus réticents à l’utilisation du vote électronique : après des essais pour les législatives de 2005, l’Etat a décrété que le système de machines à voter était inconstitutionnel car il ne permettait pas de mettre en place un dépouillement.
Au niveau européen, seule l’Estonie a gardé l’utilisation du numérique pour ses grandes élections. Malgré les avancées technologiques, élargir le vote numérique aux grandes élections reste complexe. Il n’existe pas de système 100% sécurisé sans l’instauration d’une identité numérique gérée par l’Etat. Une telle avancée sera-t-elle réalisable en France pour les années à suivre ?
Caricature par Louis LEROUX
L’anonymanumérique
L’anonymat est un critère majeur dans le bon fonctionnement du vote. Un critère qui aujourd’hui est remis en cause par le numérique.
Votelab, l’avenir du vote numérique en France ?
Jean-Sébastien Suze dirige Votelab depuis septembre 2021. Cette start-up travaille en collaboration avec l’association CivicPower, qui développe la démocratie numérique en s’appuyant sur les innovations technologiques. Leur but est de créer une application de vote numérique.
Votelab, l'avenir du vote numérique en France ?
Qui sont vos clients potentiels ?
Jean-Sébastien Suze : « Tous les types d’organisation, autant les entreprises publiques, privées que les associations, font partie de nos partenaires. L’outil Votelab que nous mettons en place pourra donner la parole à une plus grande part de la population, par le biais de questions simples sur des sujets de société. »
Le vote numérique pourrait-il être élargi à une plus grande échelle ?
« Toute la data est gérée par CivicPower. Ils sont garants de la sécurité et de l’anonymat du vote en ligne. L’enregistrement du vote est décentralisé par un système de blockchain, ce qui le rend immuable. Le risque zéro n’existe pas, mais le potentiel pirate devrait engager des milliers d’euros pour avoir accès à une partie des données. »
Le vote numérique pourrait-il être élargi à une plus grande échelle ?
« Oui, il existe des pays comme l’Estonie où le vote numérique est en place pour de grandes élections. Dans ce pays, l’identité numérique est émise par l’Etat, à contrario de la France. Cette solution permettrait de garantir l’identité lors du vote, l’une des conditions nécessaires pour un vote fiable. Aujourd’hui, c’est un sujet très discuté en Europe. Cela ouvre un débat lié au danger des cyberattaques. Ce risque est peu perçu par la population, qui a tendance à laisser ses données personnelles aux mains des GAFAM. On peut avoir confiance en son État, mais on ne doit pas avoir confiance en un GAFAM. »
Louis LEROUX, Léa MARIE & Lucille MOREL
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